La représentation de la personne handicapée et de ses liens sociaux est une construction sociale et à ce titre elle intéresse l'anthropologie. Constituer une vision subjective et intéressée sur ce sujet, c'est apporter une pierre de plus à cet édifice inachevé, puisque investi par le spécialiste, que constitue l'étude de la situation de handicap.
La notion d'assistance touche directement le problème de l'altérité, du rapport à l'autre et de la manière dont on considère cet autre. L'assistance implique une interaction entre deux personnes, elle pose la question de la relation à autrui et de la place qui lui est conféré, et de ces statuts accordés et reconnus dépend la nature de cette relation.
La façon dont sont organisées les pratiques d'assistance révèlent l'idée que se font les individus d'une société donnée de ce que doit générer la survenue d'un handicap. Permettre aux personnes handicapées de pendre leurs responsabilités ou les obliger à subir des traitements dévalorisants et infantilisants montre à quel point les opinions et les politiques qui en découlent peuvent différer d'une nation à l'autre sur une même question.
Être regardé est une des conditions essentielles pour exister et aussi pour se construire. La relation d'aide lorsqu'elle fait suite à une formation est une forme de regard "armé" sur la personne handicapée. Le déficient est regardé par celui qui est rémunéré pour corriger cette déficience là, il est regardé par ceux qui ont appris les termes techniques pour le décrire. Le problème que pose la relation d'aide professionnalisée est qu'elle peut être d'une violence inouïe. Comment traiter la personne handicapée sans lui imposer une manière, figée par la formation, de voir le monde, de le découper ou de le nommer si ce n'est en remettant en cause les rôles de professionnels et de patients.
La philosophie de la vie indépendante opère une rupture radicale d'avec le paradigme traditionnel de la réadaptation. Au centre de cette philosophie règnent des valeurs capitales comprenant l'action inter-handicap, le contrôle par le consommateur, l'auto-assistance et la pairémulation, ainsi que l'égalité des chances d'accès à la société. Au sens le plus large, les buts de la philosophie de la vie indépendante sont l'autodétermination, la responsabilisation des personnes handicapées et la suppression effective des barrières sociétales. Les résultats attendus sont une vie indépendante et une pleine participation citoyenne pour toutes les personnes handicapées.
Cette étude de l'influence politique, éthique et culturelle sur la représentation des capacités et incapacités des personnes handicapées physiques dépendantes d'une tierce personne est un plaidoyer en faveur de leur accès à une vie d'Hommes libres. Les pratiques discriminatoires dont les personnes handicapées sont actuellement victimes, non seulement ressemblent aux autres formes de racisme, mais doivent être éradiquées selon les mêmes préceptes.
Il serait sûrement très instructif de pouvoir étudier concrètement le fonctionnement d'un Centre de Ressources pour la vie indépendante en Europe et d'évaluer les mesures nécessaires à leur implantation sur le sol français. Nombre de personnes handicapées ont acquis une expérience et une compétence valables et, par le biais des programmes de pairémulation, elles pourraient aiguiser la conscience d'autres personnes handicapées sur les discriminations physiques, psychologiques et culturelles auxquelles elles sont exposées afin d'entreprendre une véritable action politique.